Tribune franco-allemande sur Vukovar et visite commune des ambassadeurs

Tribune franco-allemande sur Vukovar

Tribune publiée le 29 mars 2010 dans Jutarnji list

Le 17 mars dernier, pour la première fois, les ambassadeurs de France et d’Allemagne en Croatie ont effectué une visite officielle en commun. Nous avons choisi un lieu hautement symbolique, la ville de Vukovar, synonyme de la souffrance des populations civiles face à la guerre, pour y porter le message de réconciliation qu’incarne le couple franco-allemand. Parce que nous croyons que la réconciliation doit commencer là où les conflits ont laissé le plus de traces. Nous avons tenu à visite le lycée technique (Strukovna skola) et à y présenter aux élèves, Croates et Serbes réunis, le manuel d’histoire commun franco-allemand, avec lequel les jeunes Français et les jeunes Allemands apprennent maintenant l’histoire de leur continent.

L’expérience historique de nos deux pays, passés en quelques années de l’affrontement à la réconciliation et à la construction d’un partenariat exemplaire, montre qu’il est possible, grâce à l’impulsion donnée par quelques hommes d’Etat visionnaires et courageux, comme Konrad Adenauer et Charles de Gaulle en leur temps, de dépasser les antagonismes historiques au profit d’une vision partagée de l’avenir.

 

Vukovar
Les ambassadeurs d'Allemagne, Bernd FISCHER, et de France, Jérôme PASQUIER, déposent une gerbe au Cimetière mémorial
Les ambassadeurs d'Allemagne, Bernd FISCHER, et de France, Jérôme PASQUIER, déposent une gerbe au Monument aux victimes à Ovčara
Les ambassadeurs d'Allemagne, Bernd FISCHER (à droite), et de France, Jérôme PASQUIER (à gauche), avec le maire de Vukovar, M. Željko Sabo (au milieu)

 

Cette vision commune a un nom : l’Europe. Depuis ses débuts, l’idée européenne est indissociable de l’idée de paix. C’est elle qui a offert le cadre institutionnel et intellectuel qui a permis aux anciens adversaires qu’étaient l’Allemagne et la France de contribuer ensemble à un projet qui, tout en respectant la souveraineté et les intérêts de chacun de ses membres, l’amenait à œuvrer en coopération avec les autres pour accroître le bien collectif.

De même que l’amitié franco-allemande a toujours été placée sous le signe de l’Europe (le Traité de l’Elysée, signé le 22 janvier 1963, en faisait l’un de ses trois objectifs fondamentaux), l’action conjuguée de l’Allemagne et de la France a apporté une contribution décisive à toutes les grandes étapes de la construction européenne. Nos deux pays peuvent certes avoir des divergences ponctuelles, mais elles finissent toujours par être surmontées, car nous sommes bien conscients qu’un désaccord franco-allemand durable serait une source de blocage pour l’Europe entière.

Aujourd’hui, le mouvement collectif par lequel les pays européens ont construit une communauté unique, fondée sur le droit, et qui a permis de consolider la paix et la prospérité sur le continent, trouve son prolongement naturel dans l’élargissement aux pays de l’Europe du Sud-est. Parce que ces pays appartiennent historiquement à la sphère culturelle européenne, et adhèrent à ses valeurs de tolérance et de respect mutuel, la perspective d’une adhésion à l’Union européenne leur a été offerte au sommet de Zagreb en 2000 et confirmée à Thessalonique en 2003.

Bien entendu, la réalisation de cet objectif est liée à la poursuite des efforts pour développer les mécanismes de l’Etat de droit à l’intérieur de ces pays, ainsi qu’une culture de la coopération à l’échelle régionale. Le processus d’adhésion à l’Union européenne a en lui-même un effet fortement incitatif, comme le montre l’exemple de la Croatie et de la Slovénie, qui ont su par le dialogue chercher les voies d’un règlement de leur différend frontalier. Nous appelons l’ensemble des pays de la région à adopter une telle attitude de coopération responsable. Les différends bilatéraux ne doivent pas constituer un obstacle à l’adhésion à l’Union européenne, mais l’adhésion doit au contraire être une incitation supplémentaire à œuvrer en vue de régler ces différends.

Nous avons pu constater lors de notre séjour à Vukovar que le choix de la réconciliation entre Croates et Serbes et de la coopération régionale était aussi celui des autorités locales. Nous nous en réjouissons et y voyons un motif d’optimisme pour l’avenir.

Visite commune des ambassadeurs d’Allemagne et de France à Vukovar

Les ambassadeurs d’Allemagne, Bernd FISCHER, et de France, Jérôme PASQUIER, ont effectué le mercredi 17 mars 2010 à Vukovar une visite commune placée sous le signe de la réconciliation.

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Vukovar

Après avoir honoré la mémoire des victimes de la guerre au Cimetière mémorial (9h00) et au Monument aux victimes à Ovčara (9h30), ils ont rencontré le joupan de Vukovar-Srijem, M. Božo Galić, ainsi que le maire de Vukovar, M. Željko Sabo.

Ils ont donné à 12h00, en présence du maire de Vukovar, une conférence dans la salle du Conseil municipal sur le thème « La France et l’Allemagne – expérience de la réconciliation, de la coopération et du partenariat dans le cadre de l’Europe », qui a été suivie d’une conférence de presse à 13h00 (même endroit).

Ils se sont rendu ensuite à la zone économique franche, puis au Lycée technique (Strukovna Škola, Domovinskog rata 58, 15h30) où ils ont présenté notamment le manuel d’histoire commun franco-allemand.

Puis ils ont rencontré, en présence des représentants du UNHCR et de l’OSCE, une famille de réfugiés bénéficiaires du programme de relogement, avant d’aller visiter la Maison de l’Europe de Vukovar.

Dernière modification : 20/09/2011

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