Interview du Ministre Leonetti paru dans Vjesnik [hr]

Questions au Ministre des affaires européennes M. LEONETTI

Bruno Lopandic (Vjesnik)

1. Quelles sont les raisons de votre visite ?

Permettez-moi tout d’abord de vous dire combien je me réjouis de cette première visite en Croatie à un moment où elle est sur le point de rejoindre la famille européenne. Je suis venu témoigner que cette adhésion est très importante à nos yeux, comme elle l’est pour l’UE et pour la région dans son ensemble. La France soutient depuis le début des négociations les efforts de la Croatie de façon très concrète, par exemple en mettant à disposition son expertise dans le domaine de l’agriculture ou de la justice. Nous avons également travaillé à favoriser une issue rapide des négociations d’adhésion en juin dernier et sommes prêts à continuer à apporter notre soutien dans la mise en œuvre des réformes.

Nous avons aussi beaucoup de projets bilatéraux communs, notamment la préparation de la prochaine saison culturelle de la Croatie en France à l’automne 2012, qui permettra de mieux faire connaître votre pays en France, mais aussi nos relations économiques et commerciales qui ne sont pas encore à la hauteur de ce qu’elles devraient être et que nous souhaitons renforcer.

Enfin, nous attachons la plus grande importance à la stabilisation de toute la région. Le programme de ma visite en témoigne : Zagreb le matin, Belgrade le soir et, sur la route, une étape à Vukovar, ville symbole des souffrances endurées au cours des années 90 mais aussi ville porteuse d’un message de réconciliation entre Croates et Serbes. L’image des deux présidents croate et serbe ensemble à Vukovar en novembre dernier est encore dans toutes les mémoires. Sans méconnaître les difficultés, la France compte sur la Croatie et la Serbie pour renforcer encore leurs relations de bon voisinage et leur coopération. C’est ce que je dirai au président Tadic à Belgrade comme je l’aurai dit le matin au président Josipovic à Zagreb.

2. La Croatie adhère à l’UE au moment d’une grave crise dans l’UE, notamment financière. A-t-elle des raisons de craindre cette intégration ?

Ce n’est pas la première fois, dans son histoire, que l’Europe traverse des périodes de crise. L’Europe surmontera cette crise, et en sortira, comme toujours, renforcée. La Croatie n’a aucune raison de craindre l’intégration dans l’UE ; bien au contraire, c’est une formidable opportunité pour elle. Malgré de nombreux obstacles, des phases de ralentissement voire de blocage, votre pays a poursuivi avec détermination sa voie vers l’UE. L’entrée prochaine dans l’Union est la récompense et l’aboutissement de six années d’efforts depuis le lancement des négociations en 2005.
L’appartenance à l’UE offre avant tout de grands avantages aux citoyens. Il appartient maintenant à la Croatie de mettre pleinement en œuvre toutes les réformes engagées et de faire en sorte que cette adhésion soit un grand succès pour les Croates, comme pour tous les Européens. Je ne doute pas qu’elle y parvienne.

3. Est-ce qu’une telle situation peut avoir une influence sur l’état d’esprit des citoyens quand ils iront voter au référendum d’adhésion, au début de l’année prochaine ?

Il appartiendra bientôt à l’ensemble des citoyens croates de se prononcer sur leur avenir européen. Les derniers sondages réalisés en Croatie indiquent une majorité nette en faveur de l’adhésion. Il appartiendra aux pouvoirs publics en Croatie et à la classe politique croate, qui a très largement soutenu ce processus, de bien expliquer quels sont les bénéfices de l’adhésion pour la Croatie, sans dissimuler bien sûr les efforts qui sont demandés à chacun. Des droits impliquent aussi des devoirs et la Croatie devra prendre sa part des charges de l’Union européenne et s’impliquer dans ce projet collectif qui rassemble une grande communauté de 500 millions d’habitants. Mais ce sera aussi pour votre pays le meilleur garant de la poursuite des réformes, au bénéfice de tous les citoyens.

4. Quelle évaluation portez-vous sur les progrès de la Croatie ?

La Croatie a réalisé des progrès considérables dans le renforcement de la démocratie et l’Etat de droit, la réforme de la justice et la lutte contre la corruption. Les résultats déjà obtenus par les transformations politiques et économiques qui sont intervenues ces dernières années doivent motiver les pays de la région et témoignent d’une grande détermination à aller de l’avant. Pour autant, la poursuite de la mise en œuvre de toutes ces réformes est essentielle pour l’avenir. Nous comptons également beaucoup sur la contribution de la Croatie à l’ensemble des politiques de l’UE lorsqu’elle sera membre, y compris à la politique européenne de voisinage et au sein de l’Union pour la Méditerranée.

5. La région demeure instable. En pleine crise, l’UE a-t-elle actuellement quelque chose à proposer en matière d’intégration aux autres pays de la région ?

Pour les pays candidats, le processus d’adhésion à l’UE est en lui-même un puissant facteur de modernisation et une incitation au dialogue. L’élargissement de l’Union aux pays de l’Europe du Sud-est, sur la base des progrès constatés et des réformes effectivement mises en œuvre, est un processus qui ne peut que favoriser la paix et la stabilité dans toute l’Europe. Certes le chemin est long, mais l’exemple de la Croatie, qui a franchi avec succès les épreuves et satisfait des critères difficiles, est un message clair pour ces pays auxquels une perspective européenne est offerte, comme l’a redit le premier ministre français M. Fillon au Croatia Summit à Dubrovnik en 2010.

6. Que peuvent faire les pays eux-mêmes ?

Il appartient évidemment aux pays concernés de faire les réformes nécessaires. En 10 ans, les progrès de chacun ont été importants, en matière économique ou de réforme politique notamment. Mais les pays de la région font encore face à des défis majeurs, pour la plupart liés au respect de l’Etat de droit et à leur capacité à mettre en œuvre les réformes nécessaires en matière de gouvernance ou de justice. Chaque pays sera évalué selon ses progrès et ses mérites propres et nous continuerons à insister sur le respect rigoureux des critères d’adhésion en ayant à l’esprit le modèle croate. L’adhésion à l’UE passe aussi par une capacité à regarder le passé en face, aussi douloureux soit-il. Il est essentiel que l’ensemble des Etats de la région continuent à œuvrer à la normalisation de leurs relations et au rétablissement de la confiance entre les citoyens afin de préparer les nouvelles générations à forger leur avenir européen commun.

7. La France est-elle favorable à une poursuite de l’élargissement ?

Le Président de la République l’a dit très clairement : nous soutenons fermement la perspective européenne des Balkans occidentaux et nous prononcerons au cas par cas, sur la base des progrès constatés et des réformes effectivement mises en œuvre. La qualité du processus prime sur le calendrier, mais comme le confirme la clôture des négociations avec la Croatie, les efforts conduisent à des avancées et sont en fin de compte bénéfiques pour tous. Nous comptons d’ailleurs sur le soutien de la Croatie quand elle sera membre et apprécions son initiative de remettre à tous ses voisins une traduction de l’acquis communautaire.

8. Que faire pour éviter que le scénario de la Grèce ne se répète ?

Il faut poursuivre dans la voie que nous avons commencé à tracer : au sein de la zone euro, les Etats vont devoir faire preuve de davantage de responsabilité et de discipline dans la conduite de leurs politiques économiques, pour pouvoir bénéficier du soutien de leurs partenaires dans l’adversité. C’est le sens des décisions majeures qui ont été prises ces derniers mois. Par exemple, le Parlement européen a voté le 29 septembre, et le Conseil le fera le 4 octobre, un ensemble de textes qui engagent les pays de l’union monétaire à mieux coordonner leurs politiques économiques. Nous souhaitons prévenir l’apparition de situations budgétaires insoutenables et détecter suffisamment tôt les déséquilibres économiques – par exemple, les écarts de compétitivité - qui pourraient placer un pays en situation de vulnérabilité face aux crises. Cela supposera une surveillance réciproque, éventuellement assortie de sanctions.
La solidarité des membres de la zone euro s’est manifestée par la mise en place et le renforcement du fonds européen de stabilité financière, le « fonds monétaire européen », qui est doté d’une capacité d’intervention de 440 milliards d’euros. Il faudra bien sûr continuer à améliorer la gouvernance de la zone euro, en organisant par exemple des réunions au moins semestrielles au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement de la zone euro et en renforçant les moyens du conseil des ministres des finances de la zone euro, l’Eurogroupe.

Dernière modification : 01/12/2011

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