Interview de Mme l’Ambassadeur pour "Zaposlena" [hr]

Interview de Mme Michèle Boccoz, Ambassadeur de France en Croatie, intitulée « Femme puissante de la politique française », publiée dans le magazine "Zaposlena", numéro du mois d’avril 2013.

Il n’y a que deux mois que la nouvelle ambassadeur française Mme Michèle Boccoz est arrivée en Croatie. C’est une période courte, mais l’ambassadeur aime déjà la Croatie et surtout Zagreb où elle est arrivée avec son époux. Le dernier poste qu’elle a occupé a été celui de l’ambassadeur à Bruxelles, et auparavant elle a travaillé au Ministère des Affaires étrangères. Une information intéressante sur la biographie de Mme Michèle Boccoz porte sur le fait qu’elle a poursuit sa carrière en partie dans le secteur privé, au célèbre Institut Pasteur et ensuite au groupe multinational Veolia.

JPEG

La famille de Mme Michèle Boccoz vient des Alpes françaises, plus précisément de la ville Saint Gervais. Sa famille y habite encore et elle profite de son temps libre pour y retourner car elle est très attachée à ses racines. Il est logique qu’elle soit passionnée de ski et d’escalade. Toutefois, elle a passé la majorité de sa vie à Paris.

Vous êtes devenue récemment l’ambassadeur de France en Croatie, après avoir exercé la même fonction à Bruxelles. Prenant en considération le fait que vous avez été chargée des relations avec les pays d’Europe centrale et orientale au Ministère des Affaires étrangères dans les années 90, est-ce que le poste d’ambassadeur en Croatie est le travail que vous avez souhaité obtenir ?

Oui, bien sur. Je suis ravie d’avoir obtenu ce poste en Croatie car, comme vous l’avez dit, c’est d’une certaine manière la continuation logique de ma carrière. Quand j’ai commencé de travailler au Ministère, j’ai été chargé justement des questions de l’Europe et des relations avec les pays de l’Europe centrale et orientale, donc j’ai continué ma carrière dans cette direction. C’était un grand honneur de devenir ambassadeur française en Croatie, surtout car cette période, dans laquelle la Croatie devrait adhérer à l’UE le 1er juillet, est très importante dans l’histoire du pays.

Comment décririez-vous les relations entre nos deux pays – la Croatie et la France ?

Comme vous le savez, en France il existe un grand intérêt pour la Croatie et nos relations se développent dans une direction très favorable depuis des années. La ratification du traité d’adhésion croate à l’unanimité l’a très clairement montré. J’ai été présente lors du vote au Sénat et à l’Assemblée nationale et j’ai été très contente du fait que tous les députés ont exprimé leur soutien à l’entrée de la Croatie dans l’UE. Les présidents des groupes parlementaires étaient tous conscients des efforts qui ont été demandés de la Croatie pendant toute la procédure et du fait que la Croatie a travaillé avec dévouement et patience qui ont donné d’excellents résultats.

En tant que représentante de la France, je suis très contente, tout comme mes prédécesseurs, des progrès que la Croatie a réalisés sur son chemin vers l’UE, mais aussi de nos relations bilatérales. Nos relations sont excellentes et le festival de la culture croate tenu à Paris l’a récemment confirmé.

Lorsque vous mentionnez, avez-vous eu l’opportunité de suivre le festival de la Croatie en France – « Croatie la voici » et que pensez-vous de l’écho qu’il a suscité en France ?

Oui, mais je n’ai pas pu malheureusement assister au vernissage de certaines expositions, car j’étais encore en Belgique au moment où le festival a commencé. Cependant, lors de mon passage à Paris avant de venir en Croatie j’ai pu visiter des expositions que je n’avais pas pu voir auparavant, notamment l’excellente exposition de l’art médiéval croate au Musée de Cluny, mais aussi la très belle exposition de Mestrovic ou celle de Boris Bucan. Je suis également allée voir l’Apoxyomène qui était très bien placé au Louvre si bien que tous les visiteurs arrêtaient pour mieux observer la statue et en prendre des photos. Tout le festival a été très médiatisé en France, et la rencontre des présidents français et croate a davantage souligné son importance. Je pense aussi que le festival aura un impact positif sur le tourisme en Croatie. Même si 450 000 de touristes français visitent la Croatie chaque année, je suis assez convaincue que cette année leur nombre augmentera.

Vous avez travaillé pendant quelques années dans le secteur privé, d’abord en tant que Directrice des affaires internationales à l’Institut Pasteur et ensuite au groupe Veolia. Pourriez-vous faire une comparaison entre le travail dans le secteur privé et le secteur public, c’est-à-dire la diplomatie ? Qu’est-ce qui vous a inspiré dans le premier secteur, et que trouvez-vous inspirant dans l’autre ?

Le travail dans le secteur privé a été une expérience très intéressante. L’approche et la façon de travailler dans les secteurs public et privé sont assez différentes, mais il est important qu’il existe une bonne compréhension entre ces deux secteurs pour qu’ils puissent réaliser une meilleure coopération. La diplomatie économique est la priorité de notre gouvernement et cela a été le sujet de la dernière conférence des ambassadeurs tenue à Paris en août. Les représentants du gouvernement qui y ont été présents ont souligné que la priorité était d’améliorer et de renforcer les relations entre la France et les autres pays, surtout les pays membres de l’UE, et bien sûr la Croatie. Autrefois, la diplomatie se concentrait sur la relation politique. Aujourd’hui, nos présidents, premiers ministres et ministres se rencontrent souvent, notamment à Bruxelles, et la diplomatie est aujourd’hui également chargée d’autres tâches. Quand j’ai été ambassadeur à Bruxelles, j’ai beaucoup travaillé sur les relations politiques, mais aussi sur l’économie et la coopération transfrontalière. La coopération transfrontalière affecte d’une manière très concrète la vie quotidienne des citoyens de l’UE, parce que, même si l’UE a aboli les frontières, les barrières administratives sont toujours présentes. Par exemple, grâce à la coopération transfrontalière, les citoyens qui habitent à la frontière entre la France et la Belgique peuvent aller à l’hôpital qui est plus près de leur domicile que ce soit en France ou en Belgique et être remboursées de la même manière, les barrières ont pu ainsi être levées.

De l’autre côté, même quand j’ai travaillé dans le secteur privé, je me sentais comme représentante de mon pays. Cela a été le cas surtout à l’Institut Pasteur, fondation privée qui a été fondée par Louis Pasteur en 1887 et dont les missions demeurent la recherche biomédicale, la santé publique, et les formations dans ces domaines. Pasteur a aussi crée le réseau international des instituts dans le monde, dont le premier a été fondé en 1891, seulement quatre ans après l’Institut Pasteur. J’y ai travaillé en tant que Directrice des affaires internationales et j’ai été d’une manière représentante de cette fondation qui a une très grande réputation dans le monde. Cela a été une expérience intéressante, où j’ai découvert d’autres modes de management, de gestion de finances et d’organisation que ceux du secteur public. Cette expérience m’a permis de mieux comprendre l’économie et les problèmes économiques. Le groupe Veolia est une grande entreprise multinationale avec plus de 350 000 employés dans 70 pays, dont les domaines d’activité sont la gestion de l’eau, de l’énergie, le transport et le traitement des déchets. Mon rôle était de développer la cohérence de ces quatre métiers à l’international.

Je pense que le travail dans le secteur privé et le secteur public sont complémentaires et il est très utile et précieux pour le travail de l’ambassadeur de connaitre les deux côtés de la médaille.

Est-ce qu’il y a une différence dans les relations envers les femmes en France dans les secteurs public et privé ? Je parle bien sûr de l’environnement d’affaires et des femmes qui sont très bien placées.

Je pense qu’il existe certaines différences, même si le gouvernement français fait des efforts pour augmenter le nombre de femmes ministres et de femmes dans le secteur public, ainsi que pour accroître leur visibilité. Les postes à haut niveau dans le secteur public et dans les grandes entreprises sont encore occupées par les hommes en majorité. Concernant les femmes ambassadeurs, nous n’occupons que 12% de postes, alors qu’à l’entrée au Ministère des Affaires étrangères il y a un nombre égal d’hommes et de femmes. Selon la nouvelle loi, le nombre de femmes ambassadeurs devrait atteindre 40% d’ici 2020. Les quotas pour les secteurs public et privé ont été introduits. D’après la nouvelle loi portant sur le secteur privé, les conseils d’administration devront être composés de 30% de femmes. Toutefois, ces mesures ont été récemment introduites et il faut faire plus d’efforts pour que ces résultats soient réalisés.

Lisant la presse croate, nous avons l’impression que les femmes dans la politique française sont influentes et puissantes. Est-ce que nous avons la bonne impression ?

Il y a des femmes puissantes dans la politique et dans les ministères. Les médias les suivent beaucoup ce qui est bien car cela peut résulter en une évolution des opinions. Personnellement j’ai eu quelques doutes sur l’introduction de quotas parce qu’ils permettent aux gens de dire qu’une personne exerce une fonction seulement en raison des quotas et pas à cause de leur compétence. J’ai compris cependant que l’égalité ne pourrait pas être achevée sans quotas. Il est très important d’avoir des femmes puissantes au niveau politique, comme nous avons par exemple la ministre des droits de femmes Mme Najat Vallaud-Belkacem. J’ai fait sa connaissance à Bruxelles et je peux dire qu’elle a une vision claire et s’efforce de souligner les besoins d’une représentation égale des femmes dans les ministères et dans les organes de pouvoir.

Qu’est-ce que vous avez fixé comme buts à atteindre avant la fin de votre mandat ?

Nous sommes en ce moment dans la phase d’élaboration du plan d’action qui sera mis en place pendant mon mandat. Il ne s’agit pas seulement de mes buts, mais plutôt du plan sur lequel travaille toute l’Ambassade. Ce plan reflète en premier lieu nos buts et priorités pour la période dans laquelle la Croatie devient membre de l’UE. Nous souhaitons renforcer encore notre partenariat avec la Croatie, avec laquelle nous avons des positions proches dans un grand nombre de secteurs. C’est notamment le cas en matière de politique extérieure, mais bien d’autres sujets nous rapprochent.

La dimension économique est aussi une de nos priorités car l’échange entre les pays membres de l’UE est mutuellement bénéfique. Quelques semaines après mon arrivée en Croatie, une délégation d‘entreprises françaises intéressées par les investissements en Croatie a visité Zagreb. Certaines entreprises françaises sont déjà présentes en Croatie, mais plusieurs nouvelles compagnies sont aussi intéressées à ’investir.

Enfin, la culture sera un élément très important de notre plan et nous continuerons de soigner et de renforcer les relations culturelles entre la France et la Croatie. A cet égard le festival de la Croatie en France a été très important en tant que moteur de la coopération. Concernant les événements à venir, j’aimerais souligner le vernissage de l’exposition des œuvres de Picasso à Zagreb. Bien sûr, nous attachons une grande importance à la communication avec les médias.

Comment passez-vous votre temps libre ici en Croatie ? Est-ce que vous êtes venue à Zagreb avec votre famille ?

Je suis arrivée en Croatie fin janvier avec mon époux. Nous aimons beaucoup la Croatie et Zagreb et nous profitons de chaque moment. Zagreb est une ville très charmante et agréable où il y a beaucoup à faire. La Croatie est riche culturellement, intellectuellement, socialement et politiquement. Nous avons déjà visité Dubrovnik, Rijeka, Split et les lacs de Plitvice, et nous espérons de découvrir des autres lieux intéressants. Mon époux et moi voulons apprendre la langue et nous prenons des cours de croate. Le croate nous plaît beaucoup et j’espère que nous parviendrons à le maîtriser.

"Zaposlena", magazine feminin

Dernière modification : 20/05/2013

Haut de page